Rima Hassan, de l’exil à la mer : le choix d’un engagement jusqu’à Gaza
Juriste en droit international, militante intransigeante et nouvelle figure politique française, Rima Hassan a choisi de monter à bord d’un navire humanitaire en direction de Gaza. Un geste à la fois symbolique et politique, porteur de risques, qui prolonge un parcours marqué par l’exil et l’engagement.
Un sac sur l’épaule, le visage fermé mais calme, elle avance sur le quai comme on entre dans une histoire plus grande que soi. Dans les images filmées au téléphone et relayées sur les réseaux sociaux, on perçoit une tension contenue : celle de quelqu’un qui connaît les dangers mais décide d’y aller malgré tout. Derrière elle, le tumulte d’un monde qui regarde. Devant, Gaza, territoire meurtri et enclavé.
L’exil comme point de départ

Née en 1992 dans le camp de réfugiés d’Al-Nayrab, en Syrie, Rima Hassan est l’héritière d’un exil. Ses grands-parents ont été expulsés de Palestine en 1948 lors de la Nakba. Elle grandit au rythme des récits familiaux, entre mémoire des villages disparus et cartes effacées.
Rima HassanJ’ai grandi avec l’exil dans les murs
Arrivée en France à l’âge de dix ans, elle comprend tôt que le monde n’écoute les vaincus que lorsqu’ils parlent la langue du droit. Elle choisit donc d’apprendre ce langage : le droit international. Diplômée et spécialisée dans la défense des réfugiés, elle fonde en 2021 l’Observatoire des camps de réfugiés. En 2024, elle rejoint La France insoumise et figure sur la liste aux élections européennes, affirmant vouloir porter une cause plutôt que construire une carrière.
Chez elle, la colère devient combat. Le droit, la justice et les mots deviennent des armes silencieuses, capables — espère-t-elle — de fissurer les murs de l’injustice.
Une voix médiatique

Installée en France, elle gagne en visibilité, notamment sur les plateaux de télévision. En 2023, elle intervient dans l’émission C Ce soir sur France 5. Face à des experts, elle emploie des termes rarement entendus dans les grands médias : « déshumanisation », « occupation ». Elle parle vite, mais sans agressivité. Ses phrases sont directes, ses silences mesurés.
Avec la visibilité viennent aussi les critiques et les menaces. Elle évoque régulièrement la pression qui accompagne son exposition publique :
« On m’attend toujours dans la faute. Mais mon existence, déjà, est politique. »
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Être femme, arabe et palestinienne en France, dit-elle, signifie évoluer sur une ligne étroite entre visibilité et contestation.
La traversée vers Gaza

En 2025, elle embarque à bord d’un navire de la Freedom Flotilla Coalition, initiative militante visant à acheminer de l’aide humanitaire vers Gaza malgré le blocus israélien. Pour elle, il ne s’agit pas d’une rupture mais d’un prolongement logique de son engagement.
Elle sait que l’initiative comporte des risques. L’épisode du Raid on the Gaza flotilla, notamment l’assaut contre le navire Mavi Marmara, reste dans les mémoires. Pourtant, elle assume son choix. Dans un message publié avant le départ, elle écrit :
« Quand ils procéderont à notre arrestation, je les regarderai comme Larbi Ben M’Hidi a regardé les colonisateurs de sa terre : sereine, assurée de la libération de la Palestine. »
En citant cette figure de la révolution algérienne, elle inscrit son geste dans une filiation symbolique des luttes anticoloniales. Elle affirme ne pas seulement défendre une cause, mais l’incarner.
L’interception

Le navire est intercepté par l’armée israélienne au cours de la nuit. Arrêtée avec d’autres militants, Rima Hassan est brièvement détenue avant d’être relâchée. L’épisode marque la fin de la traversée, mais pas celle de son engagement.
Elle aurait pu rester à Paris ou à Strasbourg, plaider dans les enceintes institutionnelles. Elle aurait pu se contenter de tribunes ou de déclarations. Elle a choisi la mer.
Pour ses soutiens, ce geste résume son parcours : celui d’une juriste devenue figure politique, façonnée par l’exil, convaincue que le droit ne suffit pas toujours et que, parfois, la présence physique devient en elle-même un acte politique.



