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Lire pour fuir ou sentir : Les jeunes et l’illusion des livres

Lire pour fuir ou sentir : Les jeunes et l’illusion des livres

Au SILA 2025, j’ai passé la journée de l’ouverture, Jeudi 30 octobre, à circuler parmi les livres et les lecteurs à la SAFEX d’Alger. Entre pages tournées, sourires et regards concentrés, une pensée m’est venue à la tête : pourquoi nous les jeunes, lisons‑nous vraiment ? pour être ému, pour comprendre le monde, ou simplement pour suivre une tendance sur Instagram ?

Depuis toujours, ouvrir un livre, c’est s’interroger :

Qu’attend-on réellement de cette expérience ? Est-ce pour ressentir des émotions fortes, pour s’évader un instant de la réalité, ou pour se montrer soi-même en train de lire ?

En parcourant les allées du SILA 2025, j’ai vu ces jeunes tournant les pages avec concentration, parfois avec un sourire, parfois avec une expression presque calculée. Lire, aujourd’hui, semble être autant un geste intime qu’un geste social : on lit pour soi, mais aussi pour que cela se voie.

Mais la question est : Depuis quand la lecture est-elle devenue un moment où l’on doit attirer l’attention ?

Les émotions à travers l’histoire

J’ai récemment lu un article fascinant sur l’histoire de la lecture et des émotions. Il expliquait comment, au fil des siècles, nos sentiments ont façonné la littérature.

Au XVIIIᵉ siècle, pleurer en lisant était un signe de vertu. Les lecteurs de Rousseau ou de Richardson envoyaient des lettres à leurs auteurs pour raconter combien ils avaient “pleuré de délices”. Ce qui m’a fascinée, c’est que certains écrivains préviennent même leurs lecteurs lorsqu’ils abordent des passages particulièrement tristes, afin de préparer leur sensibilité. Les romanciers victoriens, par exemple, n’hésitaient pas à inclure des scènes déchirantes, souvent autour de la mort d’un enfant, pour inspirer un sentiment de compassion et parfois, pousser à une réflexion sociale ou morale.

Puis avec le temps, cette sensibilité a évolué, on a cherché dans les romans d’autres formes d’émotion : la passion, le frisson, la beauté pure d’une phrase. Comme si chaque génération réinventait sa manière de ressentir à travers les livres.

Du réel au rêve : l’évolution des histoires

Au fil de l’histoire, les romans ont évolué avec nos émotions et nos désirs. Autrefois, les récits se concentraient sur la vie réelle, les difficultés du quotidien et les histoires de personnes ordinaires dont les choix et les qualités inspiraient à vivre pleinement. La lecture était alors un miroir du monde, une invitation à comprendre la vie et à ressentir profondément ce que d’autres vivaient. Puis, la lecture a commencé à offrir un autre type de plaisir : la fantasy, des histoires plus imaginatives, parfois exagérées, parfois magiques, qui faisaient rêver et voyager dans des mondes inventés.

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Ainsi, lire est devenu un espace à la fois pour comprendre le monde et pour s’évader, pour vivre à la fois la réalité et l’imaginaire.

Comprendre ou fuir ?

Et aujourd’hui ? Je crois que nous naviguons entre ces héritages. Nous voulons encore être émus, mais sans trop souffrir. Nous cherchons des livres qui nous “touchent” sans nous bouleverser. Des récits qu’on puisse lire vite, citer joliment, photographier peut-être. Mais derrière cette légèreté apparente, il y a toujours la même quête : comprendre le monde, ou au moins s’y retrouver un peu. Les jeunes ne lisent pas pour suivre une tendance : ils lisent parce qu’ils ont besoin d’un espace où tout ralentit, où l’on peut encore respirer, sentir, rêver.

Lire, c’est à la fois fuir et comprendre. Ce n’est pas une contradiction : c’est une manière de vivre deux fois. Et si aujourd’hui les livres font encore pleurer, même discrètement, c’est peut-être parce qu’ils nous rappellent que malgré les apparences, nous savons encore ressentir.

Alors trend ou pas, le livre restera toujours ce refuge où l’on peut respirer, à chaque page qui se tourne.

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