
Elles n’ont pas combattu les armes à la main. Elles n’ont pas cherché la gloire. Dans l’ombre des maquis, ces femmes anonymes ont participé, à leur manière, à la révolution algérienne et à la libération de l’Algérie.
Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired, Zohra Drif… Des noms gravés à jamais dans la mémoire collective algérienne. Ces héroïnes incarnent le courage, la détermination et le sacrifice des femmes durant la guerre de Libération nationale. Mais derrière elles se cachent des milliers d’autres héroïnes anonymes : des infirmières, des moussebilettes, des étudiantes et des agentes de liaison qui, chacune à sa manière, ont contribué à l’indépendance de l’Algérie.
Loin des champs de bataille, ces femmes œuvraient à reconstruire le tissu social détruit par le colonisateur. Le conflit algéro-français n’était pas seulement militaire. Il était aussi social, identitaire et culturel.
Face à ce conflit, les révolutionnaires du Front de Libération nationale (FLN) ont cherché à gagner les cœurs et les consciences. Dans cette lutte, les femmes devenaient les gardiennes de la foi, de la solidarité et de la dignité collective.
Certaines jeunes femmes de l’Armée de Libération nationale (ALN) ont reçu la mission de se consacrer à la population civile. Elles devaient soigner, informer et rassurer les villageois.
Nouara, l’organisatrice de la résistance au cœur des villages

Parmi elles, il y avait une jeune femme dont très peu d’Algériens connaissent le nom. Pourtant, Nouara fut la première femme à rejoindre le maquis en Kabylie. Son rôle fut déterminant dans l’organisation sociale des villages de la Wilaya III. Avec l’appui du commandement de l’ALN, elle incita les femmes de chaque douar et de chaque dechra à créer des cellules de dix membres.
À la tête de chacune des cellules, une responsable coordonnait le travail collectif, tandis que les neuf autres femmes étaient réparties en trois groupes :
- le premier s’occupait de l’hygiène du village,
- le second se chargeait des soins de puériculture,
- et le troisième veillait à la scolarisation des enfants.
Lorsqu’une délégation de combattantes de l’ALN arrivait dans un village, une réunion était organisée à la mosquée. Les membres de la cellule y présentaient leurs actions et les progrès accomplis. Ensuite, une soldate prenait la parole : elle animait des cours pratiques d’hygiène et de puériculture, répondait aux questions, puis terminait par un discours d’encouragement et de sensibilisation.
Ces rencontres, au-delà de leur dimension sanitaire, portaient un message politique et moral. Les combattantes y rappelaient le sens profond du combat pour la liberté : offrir aux enfants d’Algérie une nouvelle vie, empreinte de dignité, d’instruction et de justice.
Malika, l’infirmière tombée en défendant ses blessés
Parmi ces héroïnes silencieuses, il y eut aussi Malika, jeune infirmière diplômée, à peine âgée de 18 ans. Responsable d’une infirmerie installée dans une grotte, elle fut surprise un jour par une attaque de l’armée française.

Sans hésiter, elle saisit une mitraillette et riposta jusqu’à épuiser ses munitions, refusant d’abandonner ses blessés. Seule, encerclée, elle tomba en martyre, fidèle à son serment de soigner et de protéger jusqu’au dernier souffle.
Fatima, témoin de l’horreur et messagère de la vérité
Fatima, l’une des plus jeunes maquisardes, n’avait pas quinze ans lorsqu’elle fut témoin d’une scène d’une cruauté inhumaine : des soldats français éventrant une femme enceinte sous ses yeux. Ce traumatisme marqua à jamais son destin.

Peu après, elle rejoignit le maquis et devint porteuse d’informations politiques, œuvrant à faire connaître la vérité sur la barbarie coloniale. Elle entra en contact avec des étrangers, leur racontant ce qu’elle avait vu et vécu, afin de révéler le vrai visage de la guerre et le courage du peuple algérien.
Les sœurs Bedj, deux vies, un même serment pour la patrie
Originaires de Laghouat, les sœurs Messaouda — surnommée Meriem ou El Lobba (“la lionne”) — et Fatma, dite Lalia, incarnent la bravoure féminine dans toute sa force.
Messaouda fut la première femme à rejoindre le maquis à Chlef après avoir abandonné ses études de sage-femme. Inlassable et dévouée, elle soigna des dizaines de combattants blessés avant de tomber au champ d’honneur en 1958.

Sa sœur Fatma suivit le même chemin. Engagée comme secouriste en 1957, elle consacra ses jours et ses nuits à soigner les blessés et à assister les populations civiles. Elle trouva la mort en 1960, fidèle jusqu’au bout à son serment de servir la patrie.
Izza Dehiles, la plume de la Révolution algérienne
Izza Dehiles fut l’une des premières militantes de l’Association des femmes musulmanes algériennes avant de rejoindre le FLN en 1954. Épouse d’Abane Ramdane, elle devint la secrétaire du cabinet de guerre du FLN. Elle rédigeait tracts, correspondances et documents clandestins avec une rigueur exemplaire.

Son rôle fut déterminant dans la création du journal El Moudjahid, dont elle tapa les six premiers numéros. Formée à la sténodactylographie, Izza Dehiles fut également celle qui dactylographia les résolutions du Congrès de la Soummam.
Discrète mais essentielle, elle fut la gardienne de la mémoire écrite de la Révolution, donnant forme et voix, par ses doigts sur le clavier, aux grandes décisions qui allaient changer le destin de l’Algérie. Décédée en 2017, elle demeure l’une des figures les plus méconnues mais les plus précieuses de la lutte pour l’indépendance.
Des héroïnes à jamais dans la mémoire du peuple

Ces femmes, souvent restées dans l’anonymat, ont été les architectes silencieuses de la victoire algérienne. Par leur engagement, leur courage et leur sens du devoir, elles ont redonné espoir à un peuple opprimé.
Leur combat, loin d’être seulement celui des armes, fut celui de la transmission, de l’éducation et de la foi en un avenir libre. Aujourd’hui encore, leurs noms méritent d’être gravés aux côtés des grandes figures de la Révolution, car sans elles, l’Algérie n’aurait pas connu la même liberté.


