
De jeunes écrivaines qui n’ont pas de grandes affiches ni de longues files d’attente. Pourtant, elles ont la foi, du talent, de la passion et des histoires à raconter.
Au cœur du Salon International du Livre (SILA), l’attention est souvent captée par les figures emblématiques. La foule se presse pour une dédicace d’un auteur célèbre ou se dirige vers les stands rutilants des grandes maisons d’édition.
Toutefois, c’est dans un coin plus discret que bat le cœur d’un espoir littéraire fervent. Loin des projecteurs, de jeunes autrices algériennes, pleines de fierté et d’audace, font leurs premiers pas dans l’arène de l’édition. Assises à leurs modestes tables, elles attendent les lecteurs, mais déplorent un constat amer : l’ignorance. Parce qu’elles ne sont pas célèbres, elles passent inaperçues. Et pourtant, il suffirait d’un simple échange pour découvrir des histoires d’une richesse et d’une passion impressionnantes
Ces jeunes femmes, qui ont transformé l’admiration pour la lecture en une volonté d’écriture, ont toutes une histoire unique à raconter.
Amani Belkaid : à seulement 21 ans, elle a déjà publié 3 ouvrages
À seulement 21 ans, elle en est déjà à son troisième livre. Venue de Chlef, Amani présente son roman Quand la neige aime (عندما يحب الثلج): Une histoire d’amour née sous le froid de l’hiver. Grande admiratrice de Dostoïevski, elle a fait le grand saut pour concrétiser son rêve de devenir, elle aussi, une grande romancière.

Amina regrette cependant que les visiteurs s’approchent rarement de son stand : « Beaucoup passent devant moi sans s’arrêter, parce qu’ils ne me connaissent pas. »
Khaoula Mohamed Chorfi : écrire pour guérir
Originaire de Souk Ahras, Khaoula présente son tout premier ouvrage, J’ai eu honte de prier Dieu (اصبحت اخجل ان ادعو الله). Basé sur son expérience personnelle, ce livre est un outil d’aide et de dialogue avec le lecteur. Elle résume sa démarche avec éloquence : « Quiconque a un cœur qui ne magnifie pas le péché n’a pas de cœur… Nous vivrons ce livre comme un voyage, un voyage sur cette personne qui est timide envers Dieu Tout-Puissant, afin qu’elle soit certaine que la miséricorde de Dieu est vaste et que Sa porte n’est pas fermée. »
Khaoula, qui rêvait de visiter le salon, a réalisé un rêve bien plus grand : y exposer son œuvre. « Quand j’étais petite, je regardais le SILA à la télé et je rêvais d’y participer. Aujourd’hui, je suis là pour la première fois de ma vie non pas comme visiteuse, mais comme écrivaine », confie-t-elle avec émotion.

Bounabi Hayat : Quand le diable est acquitté
Avec un titre percutant, Le diable a été déclaré innocent (تم تبرئة الشيطان), Bounabi Hayat attire la curiosité. Son recueil de 18 histoires offre un concept innovant : le diable peut y être un sentiment, un objet, ou une personne et c’est au lecteur de juger. L’autrice souligne la conscience et le désir avec lesquels les personnages commettent parfois le mal, sans aucune contrainte extérieure.

Malgré l’intérêt suscité par son titre provocateur, Hayat déplore que peu de visiteurs franchissent le pas de l’achat.
Fellag Chaïma : L’éloge de l’enfance
À contre-courant, Fellag Chaïma a choisi la littérature jeunesse. Amoureuse des enfants, elle veut leur transmettre des valeurs morales et religieuses à travers des histoires adaptées à leur âge. Son livre La véritable richesse (الغنى الحقيقي) propose une leçon de vie simple : le bonheur ne se mesure pas à l’argent mais à la bonté du cœur.
« On oublie souvent d’écrire pour les enfants, dit-elle. Pourtant, ils ont besoin de livres qui leur parlent, qui les élèvent. »

Nour El Khouloud Merabti : la plume du développement personnel
Écrivaine et coach en développement personnel, Nour El Khouloud propose un véritable guide avec Fais ta part et aie confiance en Dieu (اعقلها وتوكل). Son livre se présente comme une “dose de motivation” axée sur l’accomplissement de soi. Structuré en trois parties (Connaissance de Soi, Clés du Développement, et Mission de Vie), il vise à rendre le lecteur « conscient, complet et en paix avec lui-même ». Le but: lui permettre de laisser une empreinte positive. Pour Nour El Khouloud, l’écriture part d’une conviction inébranlable. « Une idée ne meurt jamais. Lorsque l’on a foi en soi et en ses capacités, l’inspiration vient inévitablement », affirme-t-elle.

Des jeunes écrivaines qui méritent d’être lues
Ces jeunes femmes représentent une nouvelle génération d’écrivaines algériennes audacieuses, sincères et déterminées. Elles écrivent pour inspirer, pour guérir et pour éveiller les consciences. Elles méritent d’être reconnues, encouragées et surtout lues. Car un livre ne se mesure ni à la notoriété de son auteur, ni au prestige de sa maison d’édition. Sa vraie valeur réside dans les idées qu’il contient et dans les émotions qu’il transmet.
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La vraie question reste alors : lisons-nous pour apprendre et nous cultiver et apprendre, ou simplement pour afficher une image de « cultivé » qui ne connaît que les grands noms ou les best-sellers des influenceurs ?



