Portraits de femmes

Biyouna: Hommage à une légende de l’art Algérien.

Actrice, chanteuse et humoriste : Baya Bouzar alias Biyouna a marqué de sa voix et de son humour plusieurs générations d’Algériens. Elle a incarné une liberté , une vérité et une joie que peu de comédiens ont su porter. Ce portrait revient sur son parcours , ses moments forts et ce qu’elle laisse comme héritage artistique.

Dans les ruelles d’Alger ou dans les salles obscures sur scène …Biyouna n’a jamais été juste une artiste , elle était un pont entre les cœurs. Une femme capable de faire rire , pleurer ou réfléchir. Elle a réussi le pari audacieux de s’imposer sur les plateaux internationaux tout en restant viscéralement attachée à ses racines algéroises ; devenant une véritable passeuse de culture entre le Maghreb et l’Europe.

Une enfance à Alger : Graine de destin.

Biyouna

Née à Belcourt, un 13 septembre 1952 dans les quartiers populaires d’Alger , Biyouna débute sa vie dans un milieu modeste. Très tôt , elle affiche un caractère fort et une liberté d’expression que peu osaient montrer à l’époque. Cette enfance algéroise faite de chaleur , de bruits et de rires va nourrir sa sensibilité artistique.

C’est dans sa jeunesse que germe l’envie de monter sur scène. Inspirée par ses voisins et par les festivals, elle se lance pour une carrière riche et variée.

De Music-Hall aux rôles cultes : Une carrière à deux voies.

Avant d’être la comédienne que l’on connaît, Biyouna a conquis les scènes. Dès les années 1970, elle entame une carrière de chanteuse de cabaret. Son style ? Un chaâbi modernisé, teinté d’influences occidentales qui électrise les nuits algéroises. Elle y développe son sens inné du spectacle, mêlant chant, danse et comédie. Elle est l’une des rares femmes à s’imposer dans ce milieu traditionnellement masculin.

Les premiers succès au cinéma et à la télévision.

Son talent de comédienne est vite visible. Dès Leïla et les autres 1978, son apparition sur grand écran est remarquée. Dans les années 1980, la série télévisée « Le Chat » la révèle définitivement au grand public algérien comme une figure populaire et comique incontournable.

Le Phénomène Nass Mlah City : Son statut d’icône populaire s’ancre définitivement avec la série télévisée Nass Mlah City (2002-2005).  Son personnage, la mère de famille ou la voisine redoutable, devient un miroir de la société, créant cette forte proximité psycho-affective avec tout un pays.

La Transition Cinématographique : Elle prouve sa profondeur dans des rôles plus complexes, notamment dans « Le Harem de Madame Osmane » (1999) et Rachida (2002), avant d’enchaîner avec « Viva Laldjérie »(2004), un film qui assoit sa place dans le cinéma d’auteur algérien et international.

Les Apparitions Récentes : Biyouna est restée active jusqu’à la fin. En 2023 elle est apparue dans quatres projets comme la série « eddama  » dans le rôle de la mère d’Allam , dans « skarkech » , la série « Akhou El Banat » dans le rôle de MIMOUNA et elle a eu un petit passage dans la série ramadanesque « Dar Lefchouch » l’épisode 9 comme dr Aldjiya psychologue.


Ce qui restera gravé dans la mémoire collective, c’est la galerie de personnages que Biyouna a su incarner, de « la matrone algéroise » à « la reine du milieu » avec une justesse et une puissance comique inégalées.

Le Franc-Parler indéfectible

Au-delà des rôles, Biyouna maniait l’art de la formule simple et percutante en interview. Elle manifestait toujours son amour pour son pays et son accent. Elle répondait avec fierté : « Mon accent, c’est ma force ! Il y a des gens qui paient cher pour avoir un accent comme ça, moi c’est gratuit ! ». Son Attachement à Alger était visible même pour les non-voyants. Elle avait répondu dans une de ses interviews : « Non, mais tu rigoles ? Sans Alger, je suis comme un couscous sans sauce ! »

L’Héritage Éternel de la Diva

Biyouna a marqué la culture artistique algérienne de manière indélébile. Elle a montré qu’il est possible d’être une artiste locale, chantant en darija et de briller sur les tapis rouges du monde. Elle était le lien vibrant entre la tradition et le cinéma contemporain.

Sa disparition est une perte immense. Biyouna s’en va, mais son œuvre, son rire et sa tchatche restent. Elle restera pour toujours cette reine populaire qui n’a pas oublié d’où elle venait, l’ambassadrice d’une Algérie rieuse, forte et pleine de panache. Aujourd’hui, on ne pleure pas seulement une comédienne ou une chanteuse, on pleure une mère et une sœur de la nation. Repose en paix, Baya Bouzar.



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