La “ Hallyu ”, ou comment la culture sud-coréenne a conquis l’Algérie
L’influence de la culture coréenne chez les Algériens et Algériennes : entretien avec Amel, adepte des séries K-dramas.

De la K-pop aux K-dramas, de la K-beauty à la cuisine coréenne,l’influence de la culture sud-coréenne – appelée Hallyu– ne cesse de croître à travers le monde. En Algérie, cela fait déjà plusieurs années qu’elle déferle, envahissant les écrans, les réseaux et jusqu’aux habitudes quotidiennes. Découvrons ce phénomène à travers un entretien exclusif avec Amel, jeune Algérienne passionnée de K-dramas.
La culture coréenne, d’abord populaire en Asie, s’est rapidement propagée dans le monde arabe. Et si vous vous demandez comment tout cela a commencé, Amel raconte :

« Ça a commencé avec les séries qu’on regardait sur MBC4 quand on était jeunes. Elles étaient très attirantes et le nombre de téléspectateurs a vite augmenté. En grandissant, avec Internet et la mondialisation, c’est devenu encore plus facile. On en voulait toujours plus, alors on allait chercher d’autres épisodes en ligne. Et forcément, on découvrait de nouvelles séries. Le choix est immense, on a de quoi nourrir notre envie de visionnage… et c’est comme ça qu’on devient addict ! »
Pourquoi les K-dramas plutôt que les séries turques ou américaines ?

« C’est simple, explique Amel, on recherche ce qui est différent de notre quotidien. Les séries turques, malgré leur succès, montrent souvent un environnement très proche du nôtre, avec des codes et des modes de vie qu’on connaît déjà.
Les séries coréennes, elles, apportent un vent de fraîcheur et d’originalité. Elles nous plongent dans un autre monde, avec un système et des valeurs complètement différents. Quand on regarde un K-drama, c’est un peu comme si on vivait avec les personnages : on les voit au jour le jour, on ressent leurs émotions, et leurs moindres gestes nous captivent. »
Amel évoque ce qui fait la différence :
« Leur maniérisme, leur politesse, leur modestie dans chaque geste. Ça va si loin qu’on finit par les imiter dans notre quotidien. On veut manger comme eux -d’ailleurs, c’est à cause d’eux que les nouilles instantanées Indomie ont autant de succès ! »
Elle ajoute :
« On adore leurs personnages aussi pour ce qu’ils représentent. Les hommes sont des gentlemen, gentils, respectueux, sans être efféminés. Les femmes, elles, sont fortes, indépendantes, mais conservent toujours leur féminité et une élégance naturelle. On a envie de s’identifier à elles; de leur ressembler. »
Les K-dramas séduisent aussi par leur créativité :
« Les scénarios sont toujours nouveaux, souvent audacieux, et les effets spéciaux sont impressionnants. À l’inverse, les séries américaines sont parfois vulgaires, et les turques, trop longues : un épisode dure deux heures et demie ! Le temps d’en finir une, on peut voir trois ou quatre séries coréennes. »
Des K-dramas à la K-pop : quand la fiction ouvre la voie à la musique
C’est souvent grâce aux K-dramas que le public découvre la K-pop.
« Les OST (original soundtrack) des séries sont tellement entraînants qu’on finit par les chercher, les réécouter, puis découvrir les artistes derrière. Et là, c’est fini : on plonge dedans ! », raconte Amel.

Peu à peu, les fans algériens découvrent des groupes comme BTS, BLACKPINK, EXO, Stray Kids ou encore NewJeans et les communautés s’organisent. Des “fanbases” actives se créent sur les réseaux, avec des événements et des projets caritatifs. Ce qu’on peut d’ailleurs retrouver chaque année à la FIBDA (Le Festival international de la bande dessinée d’Alger) avec des fans de tous les coins du pays qui se rencontrent au pied de divers stands dédiés à leurs artistes favoris, échangeant stickers, porte clés et autres “goodies” personnalisés à l’effigie de leurs chanteurs préférés.
La culture coréenne, plus qu’un divertissement : un véritable mode de vie

Au-delà des séries, de la musique ou du cinéma, les fans de la Hallyu (ou Hallyuers– terme souvent utilisé dans les communautés) vont plus loin dans leur passion. Leur style vestimentaire s’inspire de la mode coréenne qui est minimaliste, soignée, colorée et sans extravagance. Beaucoup apprennent la langue grâce aux séries, ou suivent des cours de coréen. Côté gastronomie, les plats coréens comme le ramyeon, le bibimbap ou le kimchi gagnent en popularité. On trouve même quelques restaurants coréens à Alger, comme le “Cotton candy cafe resto” très célèbre et situé à Cheraga.
@sortie_a_alger @cotton candy cafe resto c’est le spot où l’Asie et la créativité se rencontrent. Nouveau chef, nouvelle carte, et surtout des prix qui font plaisir. On y va pour l’ambiance conviviale, mais on reste pour les saveurs qui surprennent. Franchement, une expérience qui change tout, et pour tous les gourmands curieux.#tourisme #algerie #alger #sortie #decouverte #culinary #restaurant #visit #cafe #cuisine #tourismealgeria #culture
♬ Lil Boo Thang – Paul Russell

Les produits de beauté coréens, la fameuse K-beauty, connaissent eux aussi un véritable engouement : routines de soins, crèmes, masques, maquillage naturel… Les jeunes Algériennes adoptent avec enthousiasme cette approche du soin de soi.
« Même les objets technologiques ne sont pas épargnés ! Beaucoup de fans veulent le même téléphone que leurs acteurs préférés. Le Samsung Flip, par exemple, qu’on voit sans arrêt dans les K-dramas », ajoute Amel.
La Corée du Sud a d’ailleurs bâti une stratégie redoutable appelée OSMU (One Source, Multiple Use), qui consiste à transformer une histoire à succès (roman, webtoon, jeu vidéo) en série, en film ou en produit dérivé assurant une diffusion maximale de ses contenus à l’international.
Un succès planifié : de la crise économique à la domination culturelle

Mais alors, comment cette influence s’est-elle imposée aussi vite, jusqu’en Algérie ?
Tout remonte à 1997, quand la Corée du Sud traverse une grave crise financière. Pour relancer son économie, le gouvernement décide d’investir massivement dans ses industries culturelles et créatives – cinéma, musique, jeux vidéo, technologies. Ce pari audacieux sur la “culture comme moteur économique” a porté ses fruits : en quelques décennies, la Corée du Sud est devenue une puissance culturelle mondiale.
Aujourd’hui, la Hallyu n’est plus un simple phénomène de mode, mais un soft power à part entière. En Algérie, elle continue de séduire, d’inspirer et d’influencer toute une génération. Une génération connectée, curieuse et ouverte sur le monde.

